Cercle Pomme Etoile (ou Ce Problème Eternel)


mercredi 22 mars 2006, par Francesco Colonna Romano

Bonjour à tous

Pour la première fois, j’ai envie de faire un mail sur l’actualité politique, parce que quand même il y a des choses qui clochent, et j’ai l’impression que la plupart des gens n’ont pas les idées très claires. Pourtant, les problèmes se partagent toujours en deux catégories : d’une part les problèmes insolubles parce que contradictoires, de l’autre les problèmes simples. Cela veut dire que si on exclut du débat tous ceux qui ont des points de vue contradictoires (du genre on veut le beurre et l’argent du beurre), alors il ne reste que des solutions simples, dont j’essaierai de parler ici.

Si cela ne vous intéresse pas, ce que je comprends parfaitement, alors j’ai mis pour vous des questions bonus à la fin de ce mail. Vous pouvez sauter tout le reste.

Mais revenons au débat sur le CPE.
Il y aurait quelques anecdotes amusantes à ce propos, comme les lycéens de la campagne picarde qui manifestaient contre leur Conseiller Principal d’Education (CPE) qui n’était pas très sympa, en pensant que les autres lycéens de France manifestaient aussi contre leurs CPEs. Ils auraient été interviewés par la presse régionale à ce qu’on m’a raconté, même si tout ceci est un peu une goutte d’eau dans la vague de mécontentement qui traverse la France. Les groupes de jeunes que j’ai vu passer à ma fenêtre, parfois nombreux, parfois une trentaire à peine, avaient l’air plus réels. Ils chantaient "la jeunesse est dans la rue".

Ce que je trouve agaçant dans cette histoire, c’est que les gens s’opposent à ce qu’un gouvernement de droite fasse une politique de droite pour laquelle il a été élu. Ca ne m’étonnerait pas si beaucoup de français revotent à droite aux prochaines élections, alors même qu’ils s’opposent au CPE et aux mesures libérales en général. Le but, c’est d’empêcher tout gouvernement d’agir, comme ça on est sûrs de progresser...

1) Où sont les riches ?

Ce qui me surprend dans les points de vue syndicaux (bien ancrés dans la population), c’est l’idée que l’on attend toujours que les autres, "les riches, les patrons, l’Etat", paient ou résolvent les problèmes. Mais cela ne vous surprend pas que "les riches" soient toujours les autres ? Peut-on vraiment dire que 95% des français sont pauvres ?

Si les très riches sont 1% de la population, qu’ils paient ou pas beaucoup d’impôts, ils restent si peu nombreux que leur contribution pour les finances de l’Etat reste minime par rapport à celle du reste de la population. Si on considère par contre les 10% les plus riches, ils possèdent 25% des revenus. Les 75% restants sont aux mains des autres, qui se considèrent pauvres.

Cela suffit. Est-ce possible que la plus grande partie des français, qui figurent au niveau mondial dans les 10% des plus riches de l’humanité, soient pauvres ? Que dire du reste des humains ? La pauvreté est-ce une qualité inhérente à la nature humaine comme le fait d’avoir deux yeux ? Et peut-on dire que nos parents ou grands-parents, tels qu’ils vivaient il y a 30 ou 50 ans, étaient extrêmement pauvres ? Pourtant, leur niveau de consommation était bien inférieur au notre aujourd’hui...

Non, quoi qu’on en dise, et en dépit de quelques exceptions (qui ne dépassent pas 10% de la population), les français sont riches, et le paraissent d’autant plus si on les compare au reste du monde ou aux français d’il y a quelques décennies. Déjà à l’échelle de ma petite vie je sens très bien à quel point cette richesse monte : électronique de plus en plus accessible au grand public, grands voyages, avion, fruits exotiques...

Bien sûr, il y a des nuances, je ne suis pas en train de nier la pauvreté. Je dis juste que si on définit certains comme pauvres, il faudrait que d’autres acceptent qu’ils sont riches et cessent de se plaindre. Par exemple dans le monde de l’enseignement (dont je commence à avoir un aperçu), il y a des plus ou moins riches. Les profs agrégés (dont je fais partie) perçoivent plus que les non-agrégés. Les profs avec de l’ancienneté perçoivent plus que les jeunes profs. Ces gens-là ont-ils tous des besoins qui croissent avec leurs salaires ? J’imagine que c’est pour cette raison qu’on peut se définir pauvre en gagnant ce qu’un pauvre rêve d’avoir. Ce qu’on peut dire c’est qu’aucun mouvement ne réclame un rééquilibrage. Tous luttent côte à côte contre des riches imaginaires qui sont censés les exploiter. Et puisque tous luttent côte à côte, les pauvres ne songeront jamais à demander des comptes à leurs compagnons de lutte, qui sont en vérité ceux qui les maintiennent dans la pauvreté. C’est pourtant si simple.

A partir de là, si nous constatons que les riches c’est nous, cela pose un question sérieuse. On ne peut plus rejeter la faute de la prétendue pauvreté ou précarité sur l’Etat ou sur les autres. S’il faut que les riches paient, alors c’est à nous de le faire. Parce que les "vrais riches", les autres, n’existent (presque) pas, parce que nous sommes tous les riches de quelqu’un. Un mouvement/syndicat dont certains membres demanderaient une baisse de leur salaire au profit des autres a toutes les chances d’avoir bien plus de crédibilité que ses homologues. Dommage qu’il n’existe pas.

2) L’économie schizophrène ou le serpent qui se mord la queue

Ce qui manque aux syndicalistes et autres revendicateurs, c’est un point de vue macroéconomique, c’est-à-dire faire les comptes de manière globale. Ils semblent ignorer que tout individu revêt à la fois deux casquettes : producteur et consommateur, patron et employé, contribuable et citoyen. En tant que consommateur, l’individu exige les prix les plus bas, et pousse les entreprises à licencier, à délocaliser, à précariser leurs salariés. De l’autre côté, en tant que producteur, il exige des meilleures rémunérations, plus de stabilité, etc. Normal direz-vous, on veut que tous les prix baissent, mais pas notre revenu à nous...

La plupart des grosses entreprises n’appartiennent pas à des patrons, mais à des actionnaires. Or les actions sont le plus souvent achetées par les fonds de pension et les banques, c’est-à-dire avec l’argent de notre épargne, dont nous exigeons qu’il rapporte le plus possible. Donc les actionnaires qui font leurs bénéfices sur le dos des salariés, c’est encore nous. Enfin, si en tant qu’usager nous nous plaignons des restrictions du budget de l’Etat, nous oublions que ce budget c’est nous-mêmes qui le finançons, en tant que contribuables. Or nous exigeons justement de payer le moins d’impôts possible...

Donc voilà la curieuse vérité : c’est nous qui nous exploitons nous-mêmes. C’est nous qui coupons le budget de l’Etat et les aides sociales en votant pour des gouvernements qui allègent les impôts, etc.

3) Le maintien des avantages acquis et la conjoncture économique mondiale

L’origine de tous nos problèmes est un principe tombé de je ne sais où, qui stipule que tout avantage acquis est dû, et qu’on n’y revient pas. Certains avantages sont justement donnés au moment d’une conjoncture favorable (comme par exemple, dans le domaine agricole, lorsqu’on fait une bonne récolte). Or justement, si la conjoncture devient moins favorable, il n’y a plus de raisons de garder ces avantages, il faut que l’ensemble de la société se serre la ceinture.

Qu’en est-il justement de la conjoncture mondiale ? On pourrait dire qu’elle s’oppose naturellement au maintien de notre niveau de vie. En effet, celui-ci est rendu possible par l’abondance de biens manifacturés produits par une main d’oeuvre pauvre et exploitée dans les pays moins avancés. Or justement, à force de travailler pour nous et d’épargner, ces pays commencent à s’enrichir, et aspirent légitimement à un niveau de vie comparable au nôtre. Or justement, si par exemple les Chinois avaient autant de voitures par habitant que les Français, cela engloutirait la production mondiale de pétrole, c’est impossible. Si eux achètent du pétrole, automatiquement le prix monte et nous pouvons en acheter de moins en moins, nous perdons en pouvoir d’achat. Ceci prouve bien que le niveau de vie des français n’est pas généralisable au monde entier.

Donc, en résumé, si les autres pays s’enrichissent en produisant eux le gros de la richesse, il est normal que les pays qui ne produisent plus rien s’appauvrissent. Par un jeu de vases communiquants, il faut accepter de perdre en pouvoir d’achat ce que gagnent les autres. Ne serait-ce qu’au niveau des sources d’énergie, aujourd’hui encore limitées, et monopolisées par les pays riches, nous. Ce réquilibrage est d’autant plus légitime que notre richesse était fondée sur l’exploitation de la pauvreté des autres. Et, de toute façon, légitime ou pas, c’est ce qui aura lieu. Il n’y a pas de manne à espérer de la conjoncture économique, donc les avantages acquis ne sont pas tenables sur le long et moyen terme.

Or justement, si chacun s’accroche à ses avantages en essayant de tirer la couverture de son côté, que va-t-il se passer ? Pour sûr, toutes les réformes seront bloquées. Et puis ? Forcément ce sont les plus faibles qui ne parviendront pas à garder leurs (maigres) avantages, ce seront eux les grands perdants. Nous marchons tout droit vers une société de plus en plus précaire pour ces faibles. Qui sont-ils ? Les jeunes, les moins qualifiés, les vieux, etc. Si les jeunes peu qualifiés ont aujourd’hui tant de mal sur le marché du travail, n’est-ce pas parce que leurs parents, tout en réclamant des meilleures conditions pour leurs enfants, ont des salaires qui grimpent à l’ancienneté, des boulots à stabilité artificielle, et des impôts qu’ils exigent de plus en plus bas ? Oui, les "ennemis" des jeunes sont hélas tous ceux qui manifestent à leurs côté...

Et après tout cela ? Est-ce qu’une société précaire conduit à la révolution, si bien qu’on repart ensuite sur de bonnes bases ? Hélas non. J’ai déjà assez vécu en Amérique Latine pour constater que ces sociétés précaires peuvent être stables. Des sociétés sans aides sociales, où chacun se bat de son côté pour survivre, où l’on travaille tout le temps avec le stress de ne pas gagner sa journée à la fin. Des sociétés de vendeurs ambulants aux produits interchangeables. C’est dur, mais ça tient... L’humain perd, mais l’économie gagne. Est-ce cela que nous voulons ?

4) Remettre tout sur la table

J’ai essayé donc de vous montrer que la conjoncture ne promettait pas une croissance fabuleuse qui permettrait à tout le monde de s’enrichir sans que personne n’y perde. Il faut donc que quelqu’un fasse un effort.

Mais qui donc fera cet effort ? L’Etat est pauvre aujourd’hui, il est endetté par rapport à la population (la dette publique correspond pour l’essentiel à des emprunts que l’Etat fait à sa propre population, bons du trésor, retraites, etc). Les entreprises ? Elles doivent participer, c’est indiscutable, mais si on veut leur mettre de la pression, il faudrait supprimer la concurrence internationale et la possibilité de délocaliser. Or justement, c’est ce libre échange qui a fait notre richesse, si on l’abandonne, on y perdra quand même. Sans compter que moralement, c’est un peu dégueulasse d’empêcher maintenant les autres de s’enrichir à leur tour, une fois qu’on a compris qu’on ne peut plus les exploiter.

Donc, à côté des entreprises, il faudrait que la population retrousse ses manches, oublie un instant ses petits intérêts particuliers, pour songer à quelque chose d’oublié, qui s’appelait l’intérêt commun. Au lieu de penser sans cesse à ce que l’Etat doit faire pour nous, ne devrait-on pas chercher ce que nous pourrions faire pour la France ou l’Europe ?

A partir du moment où cette question est posée, on sort des problèmes contradictoires (vouloir le beurre et l’argent du beurre), et on voit que les solutions apparaissent d’elles-mêmes, il n’y en a pas cinquante, il y en a deux. Il y a d’une part la solution de droite, qui consiste à faire confiance au marché et à la superposition des intérêts particuliers, et donc libéraliser les conditions du travail. C’est ce qu’ont essayé de faire plusieurs gouvernements de droite, et cela a sa logique. Perso, je n’aime pas trop car ce sont toujours les plus faibles qui s’en sortent le moins bien dans un tel système. Et puis la précarité déclenche certes de bons réflexes de survie qui peuvent faire marcher l’économie, mais je doute qu’elle encourage les réalisations plus nobles et désintéressées (dont la culture). Mais, encore une fois, si on vote pour cela, je trouverais logique de s’y tenir. Ca à au moins le mérite d’être cohérent.

A l’opposé, il y a les idées dites de gauche que la gauche n’ose plus défendre. Partager ce qu’on a de manière plus équitable. Jusque là, l’idée c’était de partager l’argent, ce qui a l’inconvénient de donner à certains l’impressions de travailler pour tous, de culpabiliser ceux qui ne trouvent pas de travail, et transformer une partie de la population en assistés. Le bon sens dirait que c’est plus logique de partager le travail. Que tout le monde travaille, en échange de quoi il percevra une rémunération méritée. Et le chômage actuel ? Justement, il faudrait plutôt le voir comme une bonne nouvelle, nous sommes tellement productifs qu’avec toute notre bonne volonté nous n’arrivons pas à inventer de nouveaux emplois. Formidable, partageons donc le travail qui reste, et profitons de notre richesse et de notre temps libre.

Or justement, actuellement, le système est fait de manière à ce que certains individus accaparent (injustement) plus que leur part non seulement d’argent, mais aussi de travail. Ils ne veulent ni donner de l’argent à ceux qui ne travaillent pas, ni leur céder du travail. Voilà qui est bien injuste et qu’il faudrait empêcher.

Allons donc droit au but, voici ce que je propose :

- Contre le chômage : il faut partager le travail, 35h ou 30h (ou peut-être moins encore) par semaine, mais payées 35 ou 30, pas 39. 35h payées 39, ce n’est pas viable, c’est toujours vouloir faire payer les autres (qui n’existent pas). 30h payées 30, voilà qui créera réellement des nouveaux emplois. On perd en pouvoir d’achat certes, mais on gagne en temps libre. A terme, on peut même espérer que ce temps libre améliore les relations humaines ou la culture, on ne sait jamais. Mais pour l’instant, il a au moins le mérite de donner à chacun la possibilité de travailler pour gagner sa vie (ce qui est inscrit dans les droits de l’homme je crois).

- Contre l’assistanat excessif : on critique à juste titre la mentalité de l’assisté qui préfère ne pas travailler car il perçoit autant en étant au chômage. C’est vrai, c’est honteux. Pourquoi donc ne pas remplacer le droit à une allocation par un droit au travail rémunéré ? Donner un travail socialement utile aux chômeurs en échange de quoi ils continueront à percevoir leurs allocations ? On pourrait donner en échange d’une allocation de 75% de son salaire par exemple, un travail à 80% du temps. On n’aurait aucun mal à trouver des boulots socialement utiles par exemple dans l’aide aux personnes âgées (plutôt que de faire travailler un jour de plus à la Pentecôte ceux qui travaillent déjà), dans la protection de l’environnement, comme surveillants dans les écoles ou animateurs dans les quartiers. L’avantage c’est qu’on maintiendrait l’incitation à trouver un "vrai boulot" (de manière à gagner un peu plus), tout en laissant un peu de temps pour chercher ce boulot. Quant à ceux qui accepteraient un tel "boulot de chômeurs", ils ne se sentiraient pas comme des parasites de la société.

- Enfin, puisqu’il me semble très urgent de développer un sentiment d’identité nationale (pourquoi pas au niveau européen), une bonne mesure serait d’établir une année de service civil obligatoire pour tous, consacré à un travail d’intérêt social. Au cours de ce service, on serait nourri-logé avec une petite indemnité (comme à l’armée), mais pas de vrai salaire. De cette manière, l’Etat pourrait bénéficier d’une main d’oeuvre bon marché pour des travaux d’intérêt commun, et par la même occasion on pourrait rendre la population un peu plus altruiste.

Voilà. Ceci a l’air bien simple, et pourtant je suis persuadé que ça permettrait d’améliorer grandement les choses. C’est aussi selon moi la seule alternative au libéralisme. Je suis cependant conscient de la difficulté majeure : c’est improposable politiquement. Chacune de ces mesures demande de renoncer à certains avantages individuels (perte de pouvoir d’achat ou obligation de travailler pour la société) pour le bien commun, et personne n’est prêt à cela. Bien au contraire, nous somme dans l’individualisme le plus extrême, à tous les niveaux de la pyramide. Tout le monde demande que ce soient les autres, ceux qui sont "vraiment riches", qui paient et fassent des efforts, avec le résultat que personne ne fait rien. C’est tellement plus facile. Voilà ce qui fait qu’aucun parti ne peut se permettre de proposer de vraies mesures. Dommage.

C’est ce j’avais à dire. Peut-être qu’un jour ces idées seront à la mode on reparlera de l’intérêt commun, si possible sans tomber dans le nationalisme et la guerre. Sinon, on fonce tout droit vers du précaire, du pollué, du glauque, de l’anticonvivial, tout ce que la plupart abhorrent actuellement. Est-ce terrible ? Je ne sais pas. Pour avoir observé un certain nombre de ces milieux glauques, j’ai pu constater qu’il y a quelque chose de profondément humain qui s’en dégage, qui rend les habitants beaucoup plus touchants, ouverts, accessibles, et même généreux. Plus heureux ? Honnêtement, je ne sais pas, mais ce n’est pas impossible. Nos villes du futur auront peut-être la beauté décadente de Palerme, de Naples, des capitales du Tiers Monde. Il faudra juste apprendre à apprécier cette beauté.

Je suis optimiste.

Plein de bonheur à vous tous entretemps

F.

PS : vos réactions sur ce que j’ai écrit sont bienvenues. Je cherche aussi des acrostiches de CPE politiquement neutres, autres que le titre de ce mail, j’attends vos propositions.

PPS : si vous trouvez que je simplifie les choses et qu’il faut se poser plus de questions, vous pouvez toujours répondre à celles qui suivent, que j’envoie en cadeau à tous ceux qui m’ont lu jusque là. Elles viennent de Leonard Cohen...

Tout Le Monde Est-Il Une Prière A La Même Etoile ? Toutes Les Années Du Monde Ne Sont-Elles Que Le Catalogue Des Evénements Des Vacances ? Est-Ce Que Toutes Les Choses Arrivent En Même Temps ? Y A-T-Il Une Aiguille Dans Cette Meule De Foin ? Jouons-Nous Au Crépuscule, Dans Un Vaste Théatre Aux Bancs De Pierre Vides ? Tenons-Nous Par La Main Avec Nos Ancêtres ? Sont-Ils Chauds Et Royaux, Les Haillons De La Mort ? Est-Ce Que Tous Les Vivants Ont Eu Leurs Empreintes Digitales Enregistrées ? La Beauté Est-Elle La Poulie ? Comment Les Morts Sont-Ils Accueuillis Dans l’Armée en Expansion ? Est-Il Vrai Qu’A Ce Bal Il N’Y Ait Pas De Demoiselles Qui Font Tapisserie ? Pourrais-Je Sucer Quelques Cons ? Puis-je Aimer Les Formes Des Filles Au Lieu De Lécher Des Etiquettes ? Puis-Je Mourir Un Peu En Découvrant Des Seins Inconnus ? Puis-Je Avec Ma Langue Faire Surgir De La Chair De Poule ? Puis-je Etreindre Mon Amie Au Lieu De Travailler ? Les Marins Sont-Ils Naturellement Religieux ? Puis-Je Serrer Entre Mes Jambes Une Cuisse Au Duvet Doré ? Puis-Je Sentir Circuler Le Sang Et Entendre Le Saint Tictac De Cette Horloge Qui Va S’Arrêter ? Puis-Je Savoir Si Quelqu’Un Est Vivant En Gobant Son Foutre ? Pourrait-On Noter Dans Le Grand Livre D’Une Religion Quelconque Que La Merde Est Kasher ? Y A-T-Il Une Différence Entre La Géométrie Du Rêve Et Les Positions Sexuelles Bizarres ? L’Epileptique Est-Il Toujours Gracieux ? Le Gachis Existe-T-Il ? Est-Ce Merveilleux De Penser A Une Fille De Dix-Huit Ans Qui Porte Des Collants ? L’Amour Me Visite-T-Il Quand Je Me Trompe ? O Dieu, Il Y A Un Hurlement, Tous Les Systèmes Hurlent. Je Suis Enfermé Dans Un Magasin De Fourrures Mais Je Crois Que Tu Veux Me Voler. Gabriel Déclenche-T-Il Un Système D’Alarme ? Pourquoi M’A-T-On Cousu Dans Ce Lit Avec La Nymphomane ? Suis-Je Aussi Facile A Cueuillir Qu’Un Brin D’Herbe ? Peut-On M’Arracher A La Roulette ? Combien De Millions De Cables Retiennent-Ils Le Zeppelin ? O Dieu, J’Aime Tant De Choses Qu’Il Faudra Des Années Pour Me Les Arracher Une A Une. J’Adore Tes Détails. Pourquoi M’As-Tu Montré Cette Cheville Nue Dans La Cabane De L’Arbre ? Pourquoi M’As-Tu Accordé Ce Bref Eclair De Désir ? Puis-Je Détacher Ma Solitude Et Me Heurter A Nouveau A Un Beau Corps Avide ? Puis-Je Tomber Endormi Après Un Doux Baiser De Bonheur ? Puis-Je Avoir La Compagnie D’Un Chien ? Puis-Je Apprendre Tout Seul La Beauté ? Mais Puis-Je Seulement Prier ?

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