Ce Problème Eternel

Le texte qui suit, rédigé suite à la crise du CPE, résume l’essentiel de mes idées économiques. Depuis la critique de la croissance et de la colonisation économique, à la solution théorique du problème du chomage et ce qu’il faudrait faire pour restaurer la confiance et une peu d’unité nationale.

- Cercle Pomme Etoile (ou Ce Problème Eternel) (22.03.2006)

- Nos lycéens paresseux seront-ils les métaphysiciens du monde ? (04.05.2006)


Date : Wed, 22 Mar 2006
From : Francesco Colonna Romano
Subject : Cercle Pomme Etoile (ou Ce Problème Eternel)

Bonjour à tous

Pour la première fois, j’ai envie de faire un mail sur l’actualité politique, parce que quand même il y a des choses qui clochent, et j’ai l’impression que la plupart des gens n’ont pas les idées très claires. Pourtant, les problèmes se partagent toujours en deux catégories : d’une part les problèmes insolubles parce que contradictoires, de l’autre les problèmes simples. Cela veut dire que si on exclut du débat tous ceux qui ont des points de vue contradictoires (du genre on veut le beurre et l’argent du beurre), alors il ne reste que des solutions simples, dont j’essaierai de parler ici.

Si cela ne vous intéresse pas, ce que je comprends parfaitement, alors j’ai mis pour vous des questions bonus à la fin de ce mail. Vous pouvez sauter tout le reste.

Mais revenons au débat sur le CPE.
Il y aurait quelques anecdotes amusantes à ce propos, comme les lycéens de la campagne picarde qui manifestaient contre leur Conseiller Principal d’Education (CPE) qui n’était pas très sympa, en pensant que les autres lycéens de France manifestaient aussi contre leurs CPEs. Ils auraient été interviewés par la presse régionale à ce qu’on m’a raconté, même si tout ceci est un peu une goutte d’eau dans la vague de mécontentement qui traverse la France. Les groupes de jeunes que j’ai vu passer à ma fenêtre, parfois nombreux, parfois une trentaire à peine, avaient l’air plus réels. Ils chantaient "la jeunesse est dans la rue".

Ce que je trouve agaçant dans cette histoire, c’est que les gens s’opposent à ce qu’un gouvernement de droite fasse une politique de droite pour laquelle il a été élu. Ca ne m’étonnerait pas si beaucoup de français revotent à droite aux prochaines élections, alors même qu’ils s’opposent au CPE et aux mesures libérales en général. Le but, c’est d’empêcher tout gouvernement d’agir, comme ça on est sûrs de progresser...

1) Où sont les riches ?

Ce qui me surprend dans les points de vue syndicaux (bien ancrés dans la population), c’est l’idée que l’on attend toujours que les autres, "les riches, les patrons, l’Etat", paient ou résolvent les problèmes. Mais cela ne vous surprend pas que "les riches" soient toujours les autres ? Peut-on vraiment dire que 95% des français sont pauvres ?

Si les très riches sont 1% de la population, qu’ils paient ou pas beaucoup d’impôts, ils restent si peu nombreux que leur contribution pour les finances de l’Etat reste minime par rapport à celle du reste de la population. Si on considère par contre les 10% les plus riches, ils possèdent 25% des revenus. Les 75% restants sont aux mains des autres, qui se considèrent pauvres.

Cela suffit. Est-ce possible que la plus grande partie des français, qui figurent au niveau mondial dans les 10% des plus riches de l’humanité, soient pauvres ? Que dire du reste des humains ? La pauvreté est-ce une qualité inhérente à la nature humaine comme le fait d’avoir deux yeux ? Et peut-on dire que nos parents ou grands-parents, tels qu’ils vivaient il y a 30 ou 50 ans, étaient extrêmement pauvres ? Pourtant, leur niveau de consommation était bien inférieur au notre aujourd’hui...

Non, quoi qu’on en dise, et en dépit de quelques exceptions (qui ne dépassent pas 10% de la population), les français sont riches, et le paraissent d’autant plus si on les compare au reste du monde ou aux français d’il y a quelques décennies. Déjà à l’échelle de ma petite vie je sens très bien à quel point cette richesse monte : électronique de plus en plus accessible au grand public, grands voyages, avion, fruits exotiques...

Bien sûr, il y a des nuances, je ne suis pas en train de nier la pauvreté. Je dis juste que si on définit certains comme pauvres, il faudrait que d’autres acceptent qu’ils sont riches et cessent de se plaindre. Par exemple dans le monde de l’enseignement (dont je commence à avoir un aperçu), il y a des plus ou moins riches. Les profs agrégés (dont je fais partie) perçoivent plus que les non-agrégés. Les profs avec de l’ancienneté perçoivent plus que les jeunes profs. Ces gens-là ont-ils tous des besoins qui croissent avec leurs salaires ? J’imagine que c’est pour cette raison qu’on peut se définir pauvre en gagnant ce qu’un pauvre rêve d’avoir. Ce qu’on peut dire c’est qu’aucun mouvement ne réclame un rééquilibrage. Tous luttent côte à côte contre des riches imaginaires qui sont censés les exploiter. Et puisque tous luttent côte à côte, les pauvres ne songeront jamais à demander des comptes à leurs compagnons de lutte, qui sont en vérité ceux qui les maintiennent dans la pauvreté. C’est pourtant si simple.

A partir de là, si nous constatons que les riches c’est nous, cela pose un question sérieuse. On ne peut plus rejeter la faute de la prétendue pauvreté ou précarité sur l’Etat ou sur les autres. S’il faut que les riches paient, alors c’est à nous de le faire. Parce que les "vrais riches", les autres, n’existent (presque) pas, parce que nous sommes tous les riches de quelqu’un. Un mouvement/syndicat dont certains membres demanderaient une baisse de leur salaire au profit des autres a toutes les chances d’avoir bien plus de crédibilité que ses homologues. Dommage qu’il n’existe pas.

2) L’économie schizophrène ou le serpent qui se mord la queue

Ce qui manque aux syndicalistes et autres revendicateurs, c’est un point de vue macroéconomique, c’est-à-dire faire les comptes de manière globale. Ils semblent ignorer que tout individu revêt à la fois deux casquettes : producteur et consommateur, patron et employé, contribuable et citoyen. En tant que consommateur, l’individu exige les prix les plus bas, et pousse les entreprises à licencier, à délocaliser, à précariser leurs salariés. De l’autre côté, en tant que producteur, il exige des meilleures rémunérations, plus de stabilité, etc. Normal direz-vous, on veut que tous les prix baissent, mais pas notre revenu à nous...

La plupart des grosses entreprises n’appartiennent pas à des patrons, mais à des actionnaires. Or les actions sont le plus souvent achetées par les fonds de pension et les banques, c’est-à-dire avec l’argent de notre épargne, dont nous exigeons qu’il rapporte le plus possible. Donc les actionnaires qui font leurs bénéfices sur le dos des salariés, c’est encore nous. Enfin, si en tant qu’usager nous nous plaignons des restrictions du budget de l’Etat, nous oublions que ce budget c’est nous-mêmes qui le finançons, en tant que contribuables. Or nous exigeons justement de payer le moins d’impôts possible...

Donc voilà la curieuse vérité : c’est nous qui nous exploitons nous-mêmes. C’est nous qui coupons le budget de l’Etat et les aides sociales en votant pour des gouvernements qui allègent les impôts, etc.

3) Le maintien des avantages acquis et la conjoncture économique mondiale

L’origine de tous nos problèmes est un principe tombé de je ne sais où, qui stipule que tout avantage acquis est dû, et qu’on n’y revient pas. Certains avantages sont justement donnés au moment d’une conjoncture favorable (comme par exemple, dans le domaine agricole, lorsqu’on fait une bonne récolte). Or justement, si la conjoncture devient moins favorable, il n’y a plus de raisons de garder ces avantages, il faut que l’ensemble de la société se serre la ceinture.

Qu’en est-il justement de la conjoncture mondiale ? On pourrait dire qu’elle s’oppose naturellement au maintien de notre niveau de vie. En effet, celui-ci est rendu possible par l’abondance de biens manufacturés produits par une main d’oeuvre pauvre et exploitée dans les pays moins avancés. Or justement, à force de travailler pour nous et d’épargner, ces pays commencent à s’enrichir, et aspirent légitimement à un niveau de vie comparable au nôtre. Or justement, si par exemple les Chinois avaient autant de voitures par habitant que les Français, cela engloutirait la production mondiale de pétrole, c’est impossible. Si eux achètent du pétrole, automatiquement le prix monte et nous pouvons en acheter de moins en moins, nous perdons en pouvoir d’achat. Ceci prouve bien que le niveau de vie des français n’est pas généralisable au monde entier.

Donc, en résumé, si les autres pays s’enrichissent en produisant eux le gros de la richesse, il est normal que les pays qui ne produisent plus rien s’appauvrissent. Par un jeu de vases communicants, il faut accepter de perdre en pouvoir d’achat ce que gagnent les autres. Ne serait-ce qu’au niveau des sources d’énergie, aujourd’hui encore limitées, et monopolisées par les pays riches, nous. Ce rééquilibrage est d’autant plus légitime que notre richesse était fondée sur l’exploitation de la pauvreté des autres. Et, de toute façon, légitime ou pas, c’est ce qui aura lieu. Il n’y a pas de manne à espérer de la conjoncture économique, donc les avantages acquis ne sont pas tenables sur le long et moyen terme.

Or justement, si chacun s’accroche à ses avantages en essayant de tirer la couverture de son côté, que va-t-il se passer ? Pour sûr, toutes les réformes seront bloquées. Et puis ? Forcément ce sont les plus faibles qui ne parviendront pas à garder leurs (maigres) avantages, ce seront eux les grands perdants. Nous marchons tout droit vers une société de plus en plus précaire pour ces faibles. Qui sont-ils ? Les jeunes, les moins qualifiés, les vieux, etc. Si les jeunes peu qualifiés ont aujourd’hui tant de mal sur le marché du travail, n’est-ce pas parce que leurs parents, tout en réclamant des meilleures conditions pour leurs enfants, ont des salaires qui grimpent à l’ancienneté, des boulots à stabilité artificielle, et des impôts qu’ils exigent de plus en plus bas ? Oui, les "ennemis" des jeunes sont hélas tous ceux qui manifestent à leurs côté...

Et après tout cela ? Est-ce qu’une société précaire conduit à la révolution, si bien qu’on repart ensuite sur de bonnes bases ? Hélas non. J’ai déjà assez vécu en Amérique Latine pour constater que ces sociétés précaires peuvent être stables. Des sociétés sans aides sociales, où chacun se bat de son côté pour survivre, où l’on travaille tout le temps avec le stress de ne pas gagner sa journée à la fin. Des sociétés de vendeurs ambulants aux produits interchangeables. C’est dur, mais ça tient... L’humain perd, mais l’économie gagne. Est-ce cela que nous voulons ?

4) Remettre tout sur la table

J’ai essayé donc de vous montrer que la conjoncture ne promettait pas une croissance fabuleuse qui permettrait à tout le monde de s’enrichir sans que personne n’y perde. Il faut donc que quelqu’un fasse un effort.

Mais qui donc fera cet effort ? L’État est pauvre aujourd’hui, il est endetté par rapport à la population (la dette publique correspond pour l’essentiel à des emprunts que l’Etat fait à sa propre population, bons du trésor, retraites, etc). Les entreprises ? Elles doivent participer, c’est indiscutable, mais si on veut leur mettre de la pression, il faudrait supprimer la concurrence internationale et la possibilité de délocaliser. Or justement, c’est ce libre échange qui a fait notre richesse, si on l’abandonne, on y perdra quand même. Sans compter que moralement, c’est un peu dégueulasse d’empêcher maintenant les autres de s’enrichir à leur tour, une fois qu’on a compris qu’on ne peut plus les exploiter.

Donc, à côté des entreprises, il faudrait que la population retrousse ses manches, oublie un instant ses petits intérêts particuliers, pour songer à quelque chose d’oublié, qui s’appelait l’intérêt commun. Au lieu de penser sans cesse à ce que l’État doit faire pour nous, ne devrait-on pas chercher ce que nous pourrions faire pour la France ou l’Europe ?

A partir du moment où cette question est posée, on sort des problèmes contradictoires (vouloir le beurre et l’argent du beurre), et on voit que les solutions apparaissent d’elles-mêmes, il n’y en a pas cinquante, il y en a deux. Il y a d’une part la solution de droite, qui consiste à faire confiance au marché et à la superposition des intérêts particuliers, et donc libéraliser les conditions du travail. C’est ce qu’ont essayé de faire plusieurs gouvernements de droite, et cela a sa logique. Perso, je n’aime pas trop car ce sont toujours les plus faibles qui s’en sortent le moins bien dans un tel système. Et puis la précarité déclenche certes de bons réflexes de survie qui peuvent faire marcher l’économie, mais je doute qu’elle encourage les réalisations plus nobles et désintéressées (dont la culture). Mais, encore une fois, si on vote pour cela, je trouverais logique de s’y tenir. Ça a au moins le mérite d’être cohérent.

A l’opposé, il y a les idées dites de gauche que la gauche n’ose plus défendre. Partager ce qu’on a de manière plus équitable. Jusque là, l’idée c’était de partager l’argent, ce qui a l’inconvénient de donner à certains l’impression de travailler pour tous, de culpabiliser ceux qui ne trouvent pas de travail, et transformer une partie de la population en assistés. Le bon sens dirait que c’est plus logique de partager le travail. Que tout le monde travaille, en échange de quoi il percevra une rémunération méritée. Et le chômage actuel ? Justement, il faudrait plutôt le voir comme une bonne nouvelle, nous sommes tellement productifs qu’avec toute notre bonne volonté nous n’arrivons pas à inventer de nouveaux emplois. Formidable, partageons donc le travail qui reste, et profitons de notre richesse et de notre temps libre.

Or justement, actuellement, le système est fait de manière à ce que certains individus accaparent (injustement) plus que leur part non seulement d’argent, mais aussi de travail. Ils ne veulent ni donner de l’argent à ceux qui ne travaillent pas, ni leur céder du travail. Voilà qui est bien injuste et qu’il faudrait empêcher.

Allons donc droit au but, voici ce que je propose :

- Contre le chômage : il faut partager le travail, 35h ou 30h (ou peut-être moins encore) par semaine, mais payées 35 ou 30, pas 39. 35h payées 39, ce n’est pas viable, c’est toujours vouloir faire payer les autres (qui n’existent pas). 30h payées 30, voilà qui créera réellement des nouveaux emplois. On perd en pouvoir d’achat certes, mais on gagne en temps libre. A terme, on peut même espérer que ce temps libre améliore les relations humaines ou la culture, on ne sait jamais. Mais pour l’instant, il a au moins le mérite de donner à chacun la possibilité de travailler pour gagner sa vie (ce qui est inscrit dans les droits de l’homme je crois).

- Contre l’assistanat excessif : on critique à juste titre la mentalité de l’assisté qui préfère ne pas travailler car il perçoit autant en étant au chômage. C’est vrai, c’est honteux. Pourquoi donc ne pas remplacer le droit à une allocation par un droit au travail rémunéré ? Donner un travail socialement utile aux chômeurs en échange de quoi ils continueront à percevoir leurs allocations ? On pourrait donner en échange d’une allocation de 75% de son salaire par exemple, un travail à 80% du temps. On n’aurait aucun mal à trouver des boulots socialement utiles par exemple dans l’aide aux personnes âgées (plutôt que de faire travailler un jour de plus à la Pentecôte ceux qui travaillent déjà), dans la protection de l’environnement, comme surveillants dans les écoles ou animateurs dans les quartiers. L’avantage c’est qu’on maintiendrait l’incitation à trouver un "vrai boulot" (de manière à gagner un peu plus), tout en laissant un peu de temps pour chercher ce boulot. Quant à ceux qui accepteraient un tel "boulot de chômeurs", ils ne se sentiraient pas comme des parasites de la société.

- Enfin, puisqu’il me semble très urgent de développer un sentiment d’identité nationale (pourquoi pas au niveau européen), une bonne mesure serait d’établir une année de service civil obligatoire pour tous, consacré à un travail d’intérêt social. Au cours de ce service, on serait nourri-logé avec une petite indemnité (comme à l’armée), mais pas de vrai salaire. De cette manière, l’Etat pourrait bénéficier d’une main d’oeuvre bon marché pour des travaux d’intérêt commun, et par la même occasion on pourrait rendre la population un peu plus altruiste.

Voilà. Ceci a l’air bien simple, et pourtant je suis persuadé que ça permettrait d’améliorer grandement les choses. C’est aussi selon moi la seule alternative au libéralisme. Je suis cependant conscient de la difficulté majeure : c’est improposable politiquement. Chacune de ces mesures demande de renoncer à certains avantages individuels (perte de pouvoir d’achat ou obligation de travailler pour la société) pour le bien commun, et personne n’est prêt à cela. Bien au contraire, nous somme dans l’individualisme le plus extrême, à tous les niveaux de la pyramide. Tout le monde demande que ce soient les autres, ceux qui sont "vraiment riches", qui paient et fassent des efforts, avec le résultat que personne ne fait rien. C’est tellement plus facile. Voilà ce qui fait qu’aucun parti ne peut se permettre de proposer de vraies mesures. Dommage.

C’est ce j’avais à dire. Peut-être qu’un jour ces idées seront à la mode on reparlera de l’intérêt commun, si possible sans tomber dans le nationalisme et la guerre. Sinon, on fonce tout droit vers du précaire, du pollué, du glauque, de l’anticonvivial, tout ce que la plupart abhorrent actuellement. Est-ce terrible ? Je ne sais pas. Pour avoir observé un certain nombre de ces milieux glauques, j’ai pu constater qu’il y a quelque chose de profondément humain qui s’en dégage, qui rend les habitants beaucoup plus touchants, ouverts, accessibles, et même généreux. Plus heureux ? Honnêtement, je ne sais pas, mais ce n’est pas impossible. Nos villes du futur auront peut-être la beauté décadente de Palerme, de Naples, des capitales du Tiers Monde. Il faudra juste apprendre à apprécier cette beauté.

Je suis optimiste.

Plein de bonheur à vous tous entretemps

F.

PS : vos réactions sur ce que j’ai écrit sont bienvenues. Je cherche aussi des acrostiches de CPE politiquement neutres, autres que le titre de ce mail, j’attends vos propositions.

PPS : si vous trouvez que je simplifie les choses et qu’il faut se poser plus de questions, vous pouvez toujours répondre à celles qui suivent, que j’envoie en cadeau à tous ceux qui m’ont lu jusque là. Elles viennent de Leonard Cohen...

Tout Le Monde Est-Il Une Prière A La Même Etoile ? Toutes Les Années Du Monde Ne Sont-Elles Que Le Catalogue Des Evénements Des Vacances ? Est-Ce Que Toutes Les Choses Arrivent En Même Temps ? Y A-T-Il Une Aiguille Dans Cette Meule De Foin ? Jouons-Nous Au Crépuscule, Dans Un Vaste Théatre Aux Bancs De Pierre Vides ? Tenons-Nous Par La Main Avec Nos Ancêtres ? Sont-Ils Chauds Et Royaux, Les Haillons De La Mort ? Est-Ce Que Tous Les Vivants Ont Eu Leurs Empreintes Digitales Enregistrées ? La Beauté Est-Elle La Poulie ? Comment Les Morts Sont-Ils Accueuillis Dans l’Armée en Expansion ? Est-Il Vrai Qu’A Ce Bal Il N’Y Ait Pas De Demoiselles Qui Font Tapisserie ? Pourrais-Je Sucer Quelques Cons ? Puis-je Aimer Les Formes Des Filles Au Lieu De Lécher Des Etiquettes ? Puis-Je Mourir Un Peu En Découvrant Des Seins Inconnus ? Puis-Je Avec Ma Langue Faire Surgir De La Chair De Poule ? Puis-je Etreindre Mon Amie Au Lieu De Travailler ? Les Marins Sont-Ils Naturellement Religieux ? Puis-Je Serrer Entre Mes Jambes Une Cuisse Au Duvet Doré ? Puis-Je Sentir Circuler Le Sang Et Entendre Le Saint Tictac De Cette Horloge Qui Va S’Arrêter ? Puis-Je Savoir Si Quelqu’Un Est Vivant En Gobant Son Foutre ? Pourrait-On Noter Dans Le Grand Livre D’Une Religion Quelconque Que La Merde Est Kasher ? Y A-T-Il Une Différence Entre La Géométrie Du Rêve Et Les Positions Sexuelles Bizarres ? L’Epileptique Est-Il Toujours Gracieux ? Le Gachis Existe-T-Il ? Est-Ce Merveilleux De Penser A Une Fille De Dix-Huit Ans Qui Porte Des Collants ? L’Amour Me Visite-T-Il Quand Je Me Trompe ? O Dieu, Il Y A Un Hurlement, Tous Les Systèmes Hurlent. Je Suis Enfermé Dans Un Magasin De Fourrures Mais Je Crois Que Tu Veux Me Voler. Gabriel Déclenche-T-Il Un Système D’Alarme ? Pourquoi M’A-T-On Cousu Dans Ce Lit Avec La Nymphomane ? Suis-Je Aussi Facile A Cueuillir Qu’Un Brin D’Herbe ? Peut-On M’Arracher A La Roulette ? Combien De Millions De Cables Retiennent-Ils Le Zeppelin ? O Dieu, J’Aime Tant De Choses Qu’Il Faudra Des Années Pour Me Les Arracher Une A Une. J’Adore Tes Détails. Pourquoi M’As-Tu Montré Cette Cheville Nue Dans La Cabane De L’Arbre ? Pourquoi M’As-Tu Accordé Ce Bref Éclair De Désir ? Puis-Je Détacher Ma Solitude Et Me Heurter A Nouveau A Un Beau Corps Avide ? Puis-Je Tomber Endormi Après Un Doux Baiser De Bonheur ? Puis-Je Avoir La Compagnie D’Un Chien ? Puis-Je Apprendre Tout Seul La Beauté ? Mais Puis-Je Seulement Prier ?


Date : Thu, 04 May 2006
From : Francesco Colonna Romano
Subject : Nos lycéens paresseux seront-ils les métaphysiciens du monde ?

Bonjour à tous

mon dernier mail-co sur le CPE a eu un succès inattendu, si bien que j’ai été submergé de réactions, y compris de gens que je ne connais pas à qui on a fait suivre mon mail. Je n’ai eu le temps de répondre à pratiquement personne pour l’instant. Ce sera fait, mais avant je voulais donner une suite à tout cela.

En relisant ce qui suit, je me rends compte que je suis sur un terrain glissant, que ce que j’essaie de dire peut facilement être mal interprété, que mon analyse initiale pourrait être partagée par des gens aux avis opposés aux miens . Si ce que je dis vous choque, attendez au moins de lire mes propositions, qui sont comme d’hab à la fin, et dites-vous qu’il ne faut pas les dissocier du reste de l’analyse.
D’autre part, puisque ce que je propose ici est encore plus inapplicable que la dernière fois, vous vous demanderez sans doute à quoi servent toutes ces belles pensées. Voici ma réponse : d’une part à comprendre un peu mieux la dynamique du système dans lequel l’homme est coincé, et d’autre part je trouve que ce sont des jolies idées qu’un narrateur tout-puissant pourrait développer dans un roman d’anticipation. Et s’il n’y a pas de tels narrateurs pour le faire, les idées resteront au moins une petite contribution personnelle au roman que le lecteur se fera dans sa tête sur l’avenir de l’humanité.


Tout cela a commencé par quelque chose de beaucoup plus simple et concret.

Il y a peu j’ai été invité ainsi que tous les profs de maths et physique de terminale de l’académie, pour une journée de réflexion organisée par la seule école d’ingénieur d’Amiens. Nous étions une trentaine environ, et nous imaginions que l’on nous expliquerait ce que l’on attendait de nous pour bien préparer les élèves à leurs futures études. Or, après une petite visite fort intéressante, on nous met dans une salle avec deux profs de l’école. Leur objectif est énoncé clairement : "Prendre conseil auprès des professeurs de lycée pour le passage de la Terminale à la 1ère année d’enseignement supérieur. Conseils sur le programme et la pédagogie."

En gros, depuis plusieurs année le directeur constate un déclin du niveau de ses élèves, si bien qu’il a de plus en plus de mal à les mener au niveau souhaité à la sortie pour exercer le métier d’ingénieur. Il a déjà multiplié de manière impressionnante les heures de soutien en mathématiques, mais il sent qu’il atteint les limites. Il pensait que les élèves travaillent sérieusement en Terminale, mais qu’arrivés en école d’ingénieur ils sont déstabilisés par un écart de niveau attendu, si bien qu’ils ne travaillent plus. Ils sont très preneurs pour toutes les heures de soutien mais sont absolument incapables du moindre travail personnel chez eux pour assimiler les leçons. Le niveau est en train de chuter à tel point que pour la première fois ils ont dû prendre moins d’élèves qu’il n’y a de places au concours (alors qu’il n’y a aucun problème de débouchés). D’ailleurs, pour ne pas mettre la clé sous la porte faute d’élèves, ils sont bien obligés de ne pas faire redoubler des élèves trop faibles...

On nous a donc présenté le programme d’enseignement de l’école, et on nous a demandé des conseils pour l’améliorer la formation d’ingénieur dont nous ignorions tout. Le monde à l’envers. Tout ce qu’ils ont eu à la place c’est le triste constat que désormais personne n’arrive plus à faire travailler les élèves, ni en école d’ingénieur ni au lycée, et que le bac S n’est plus un bac scientifique mais un bac généraliste, puisque la plupart des bacheliers dits scientifiques ne sont absolument pas intéressés par les sciences, le volume horaire de sciences baisse et on peut très bien avoir un bac S en ayant 5/20 en sciences. Tout ceci a été confirmé par un inspecteur académique qui était présent. J’avais d’ailleurs le même problème avec mes élèves de prépa qui refusent de travailler le week-end et pendant les vacances, même à deux mois du concours.

L’idée du niveau qui baisse est un vieux poncif répété inlassablement par les profs de tous les temps, nul doute là-dessus, et moi aussi, à 20 ans, j’avais accroché sur ma porte un texte humoristique à ce propos, je n’ai pas oublié. Le niveau qui baisse est toujours l’objet d’un vaste débat plus fait d’a-prioris que de preuves objectives. Par contre, une donnée absolument objective, c’est la crise des vocations scientifiques dans les sociétés occidentales, alors même qu’il n’y a pas de problèmes de débouchés. Dans tout ce qui suit je ne prétends pas détenir une vérité quelconque, et j’espère ne pas ressembler à un vieux prof aigri, ce que je ne suis pas encore.

C’est un système curieux dans lequel nous sommes, les rapports se sont inversés. Aujourd’hui, ce ne sont plus les élèves qui dépendent du système éducatif, mais le système éducatif qui dépend des élèves. Si les élèves ne passent pas à l’année suivante, de nombreuses filières se retrouvent sans élèves, cela fait fermer des écoles, des universités, licencier des profs. Ou alors ça coûterait tout simplement trop cher de garder les élèves un an de plus à l’école (c’est l’argument qu’on m’a donné !!). Et puis, les entreprises n’ont pas les ingénieurs dont elles ont besoin. Le système s’effondrerait. Les élèves l’ont compris. Moins ils en font, plus le système, les profs, les programmes, leur mâchent le boulot, essaient de les pousser jusqu’au bout de leurs études. Et la tendance est poussée à l’extrême. On donnera les examens à des étudiants qui ont fait trois mois de grève parce qu’on a besoin d’eux l’année prochaine. Ce qui fait que l’année suivante les étudiants auront compris, et travailleront encore moins.

On peut continuer longtemps le jeu de l’inflation des années d’études. Cependant, tôt ou tard, la bulle explose, le système s’effondre : les diplômes ne traduisent plus rien, aucune compétence, aucun savoir, tout au plus une présence passive mais presque assidue à des cours qu’on n’aime pas forcément. A partir de là, les étudiants de 25 ans se feront bouffer par les jeunes diplômés des pays émergents qui auront appris deux fois plus en deux fois moins de temps, et tout le monde sera content...

Que faire face à cela ? Une idée serait de sacrifier une ou deux promotions, repasser le taux de réussite au bac à quelque chose comme 50% de manière à faire flipper tout le monde et ne garder que ceux qui ont un peu de motivation, au risque de provoquer le chômage massif de profs et la révolte des jeunes. Ou alors on supprime les diplômes. Ceux qui recherchent un savoir font des études, mais la seule preuve sera le savoir qu’ils en gardent. Libre à l’employeur de le tester. Ca permettrait de virer des facs des tas de gens qui n’en tirent aucun plaisir ni savoir.

On peut à juste titre se demander d’où vient la démotivation des élèves et leur refus de s’investir dans leurs études par du travail personnel. Selon le proviseur de mon lycée, cette évolution a été nette à partir du moment où les abonnements internet sont devenus suffisamment bon marché pour que les élèves aient en majorité internet chez eux. 1 français sur 10 (je crois) possède un blog, et beaucoup passent plus de temps sur MSN qu’à leurs études. C’est vrai que dans ce cas, on pourrait faire un choix de société : soit on veut que tout le monde s’amuse, soit on veut que les gens progressent. Pourquoi investir de plus en plus d’argent dans l’école si on permet de l’autre côté à des émissions télé débiles et quelques distractions de plus en plus séduisantes de détruire ce que l’école a constuit avec peine ? Au lieu d’encourager les écoles à mettre internet dès la maternelle, ne serait-il pas plus logique d’en restreindre l’usage aux personnes jugées majeures et responsables de leurs actes (c’est-à-dire dégagées de l’obligation d’aller à l’école) ?

Ceci dit, il y a aussi d’autres explications à la démotivation des jeunes. J’ai appris par exemple qu’un grand nombre de mes élèves, qui viennent pourtant de familles modestes (beaucoup de parents ouvriers ou petits employés) ont une voiture, alors même qu’ils sont internes et ne s’en servent donc que pour rentrer chez eux une fois par semaine. Je trouve ça louable (et nécessaire) de permettre à tous de suivre des études en leur accordant une chambre d’internat en pension complète pour 1500 euros par an à peine, mais à condition que ces gars-là n’aillent pas claquer l’argent qu’on leur fait économiser pour encombrer le monde avec une voiture de plus...

C’est curieux d’être tombés dans un système qui donne sans exiger de contrepartie, et où l’on demande sans rien vouloir donner en échange. On essaie de faire passer certaines idées (la culture, la curiosité) et on accepte que des forces plus séduisantes et plus riches détruisent ce qu’on fait à grand peine à coups de pubs, de vénération de la réussite sans efforts, etc...


J’ai pas mal réfléchi à tout cela en discutant avec Delphine qui revenait de Singapour. Comme une antithèse de notre système, un état policier, du bon libéralisme sans aides et des gens qui apprennent à se débrouiller. Enfin si, il y a des aides quand on tombe très bas, mais la culture fait que ceux qui y ont recours n’en sont pas fiers, et l’évitent s’ils le peuvent. Et puis, un des systèmes éducatifs les plus exigeants, mais aussi des plus performants. La mentalité chinoise. A côté, un grand conformisme de pensée, peu de créativité, etc.

Prendre un peu de recul face à tout cela. Analyser le problème au niveau des civilisations. J’abandonne dans ce qui suit toute prétention de coller à la réalité, mes affirmations seront plutôt des sortes d’axiomes méta-politiques, méta-économiques, etc. A vous de voir si cela correspond à quelque chose ou pas, mais ce n’est pas mon principal souci.

La civilisation occidentale a développé un système très séduisant, le libéralisme et l’individualisme, la liberté de chacun, les droits. Tout est fondé cependant sur la richesse produite par l’économie de marché. Chacun produit et consomme, la consommation stimulant la production des autres, ce qui conduit à l’enrichissement général.

Imaginez cependant que dans ce système si merveilleux s’introduisent des individus qui refusent de jouer le jeu : ils produisent, mais ne consomment pas. Ils travaillent tout le temps mais au lieu de dépenser leur richesse ils l’épargnent. Le pouvoir de ces individus s’accroit démesurément, c’est mathématique. Avec leur épargne ils rachètent les biens de ceux qui préfèrent consommer.

C’est un peu la stratégie de la Chine, dont on parle beaucoup aujourd’hui, qui contrairement au Japon possède l’atout de sa démographie. Les chinois sont présents déjà dans le monde entier, ce qui les rend peu vulnérables à une crise économique localisée (dans leur pays). On m’avait expliqué qu’en Thailande ils contrôlaient déjà une grosse partie de l’activité économique. Ils sont présents en Amérique Latine (pas mal de commerces au Honduras), et bien sûr en Europe. A Paris, à titre d’exemple, on m’a raconté qu’ils sont en train de racheter la quasi-totalité des bars-tabacs, ainsi que de nombreux commerces (le kebab de la rue Saint-Denis, un bateau-mouche, etc). Et la Chine a constitué des stocks de devises qui lui suffiraient à provoquer le crash du dollar si elle le voulait. C’est mathématique : les lois de l’économie prédisent que la cigale (nous) est condamnée à se faire racheter par la fourmi.

Donc voilà, la civilisation chinoise joue la stratégie de l’économie. S’il est vrai que la Chine représente aujourd’hui une richesse limitée (surtout si on considère la richesse par habitant), ils ont actuellement 9% de croissance par an, ce qui veut dire un doublement en 8 ans. Et si un milliard de chinois gagnent 10 euro de plus par mois, cela fera 10 milliard d’euros, ce n’est pas rien.

A côté de cela, il y a une autre stratégie, celle de la civilisation islamique. Contrairement à l’Occident, elle est peu sensible à l’économie, car elle sait s’accommoder de la pauvreté. Son peuple est capable de vivre parmi nous avec des revenus bien plus bas que ceux auxquels nous sommes habitués. A partir de là, ils ne seront pas achetés par les capitaux et ils ont une idéologie suffisamment forte pour leur permettre de garder leur cohésion. La confrontation de ces deux civilisations qui opèrent sur dans des domaines différents aura une issue difficile à prévoir. Et le terrain de cette rencontre, c’est la vieille Europe...

Face à ces deux blocs, que doit faire l’Occident ? Avons-nous quelque chose à défendre ? Quelle stratégie allons-nous adopter ? L’impression que dans ce jeu les américains n’ont plus grand chose à défendre : ils ont refilé leurs convictions économiques à la Chine et essaient de séduire les élites des autres pays pour les attirer chez eux. L’impression que tout ce qu’ils demandent c’est d’attirer sur leur territoire le capital humain des autres pays pour s’approprier les découvertes, mais qu’il n’y a rien de plus à transmettre. Autrement dit, les Etats-Unis évoluent, l’identité des Américains va évoluer.
Reste donc l’Europe. A-t-elle quelque chose à défendre ? Oui, je crois qu’il y a quand même Baudelaire, Beethoven, et quelques autres. Mais il y a peut-être plus, et ça vaudrait la peine d’y réfléchir. L’idée qu’il y a des choses qui vont au delà de l’économie mais sans relever pour autant d’arguments théologiques. C’est difficile à définir, mais je pense qu’il y a quand même quelque chose à défendre. Nous savons certes théoriquement que notre civilisation comme toutes les autres est aussi mortelle, mais on devrait peut-être réfléchir à comment retarder cette deuxième mort (la première étant celle individuelle). C’est peut-être un sens valable à ce que nous faisons ici bas.

Donc voilà, imaginons qu’il existe un président de l’Europe visionnaire et tout-puissant, conscient de la dynamique des civilisations, conscient du fait qu’on ne peut s’y opposer (ce que proposerait l’extrême droite) mais seulement tenter de l’infléchir pour orienter l’hybridation nécessaire dans telle ou telle direction. Quelle stratégie choisirait-il pour la civilisation européenne ? Pas l’économie, c’est sûr, à ce jeu on est perdants, puisqu’on a développé une culture qui ne valorise plus la réussite économique, et c’est cette culture qu’on voudrait défendre.

Si on veut survivre, j’ai l’impression que la meilleure stratégie c’est de tourner le dos à l’économie, pour se concentrer sur ce qui séduit dans notre modèle : la culture, la liberté, la qualité de vie. Comme par exemple cesser de poursuivre à tout prix la croissance économique et la création d’emplois sans se soucier de leur utilité. S’il y a peu de travail, c’est une bonne nouvelle : nous sommes si productifs que nous pourrions ne plus être esclaves du travail. Il suffirait donc de partager le travail qui reste entre tous et profiter du temps libéré pour développer les relations humaines, la culture, etc. Et puis, investir sans contrepartie des sommes considérables dans l’aide au développement et la protection de l’environnement, de manière à donner l’exemple. Et surtout baisser drastiquement notre consommation d’énergie (moins de voitures, moins de clim, moins d’emballages). Le but est simple : obtenir une population capable de ne pas se laisser dominer par ceux qui auront le pouvoir économique, une population de poètes, de métaphysiciens, d’idéalistes en tout genre, etc. Mais pour cela, il faut prendre en main notre destin et renoncer à l’économie avant d’être contraints à le faire...

Voilà. Je ne sais pas si vous partagez cette conclusion, mais je crois que là est la seule voie. Le comprendrons-nous assez tôt ?

Je vous souhaite bien du bonheur entretemps

F.

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