Oui, adios Bolivia, je suis de nouveau au Pérou, à Puno exactement d’où je pars demain pour une journée sur une île du lac (Titicaca), avant ma dernière étape américaine, Cuzco et Macchu Picchu. Le temps est déjà compté, moins de deux semaines et je suis déjà un peu triste. Pour l’instant, c’est essentiellement pour la Bolivie qui est un pays extraordinaire et qui va me manquer vraiment...
A part ça, toujours beaucoup d’aventures, j’ai l’impression que tout s’accélère ou se concentre. Finalement hier la fête a eu lieu à La Paz, bien qu’officiellement elle ait été annulée, mais par ici ça veut pas dire grand chose. Le seul changement est qu’il n’y a pas eu de police pour encadrer les milliers de participants, mais pas de problèmes à ma connaissance.
En fait c’était une sorte de carnaval, il y avait un long défilé de groupes qui ont traversé la ville en jouant de la musique et en dansant. En tout peut-être 4000 danseurs et musiciens, et je sais pas combien de monde pour les regarder et écouter. Tout le parcours était bordé de rangées de bancs que des loueurs de fortune avaient installées, toutes grémies de foule, il y en avait tellement qu’on ne pouvait pas sortir de la rue centrale, on pouvait à peine avancer. J’y suis allé tôt, au tout début et en hauteur. Au début ça ne m’emballait pas trop, mais puis je me suis mis à marcher dans la procession, on s’habitue à la musique, on voit le regard des gens alentours. J’étais le seul gringo dans le coin, du coup dans le public les gens souriaient, faisaient coucou. Ca mettait en confiance, et puis c’était bien de voir des gens heureux, une vraie fête pour tous (contrairement aux carnavals de chez nous (ex : Nice), ici ce sont les gens qui paient pour leur costume et faire partie d’un groupe). C’est à ce moment qu’un fille a demandé de m’interviewer (étant le seul gringo), et il y avait tout, micro, caméra. J’ai dit oui. Questions banales, réponses pas très originales mais bien dans le style de ce qu’on entend généralement, et en plus j’ai pas cafouillé et j’ai eu l’air convaincu, du coup je pense vraiment qu’ils vont garder l’interview. J’ai appris par la suite que les filles travaillaient pour CNN espagnole, et que tout ça sera sans doute diffusé dans le monde entier....
Après ça, une coincidence de celles qui arrivent souvent, mais qui tiennent du miracle. Le matin, j’avais rangé mes affaires et laissé ma chambre. Vers 13h, je rentre 5min à l’hotel pour prendre mon sac à dos, et partir immédiatement à Copacabana où j’allais uniquement pour parler au bolivien que j’avais rencontré ici et qui allait vendre des bijoux là-bas. Je décide de passer au toilettes, je traverse la cour, et qui vois-je ? Oui, tout à coup passe devant moi Rafael Quiroga, ou Samurai, ou El Loco Boliviano, oui c’était bien lui. A une minute près je le ratais... Tout de suite on a été se promener, on a un peu discuté, il m’a fait encore boire de son vin-CocaCola. Il m’a reconté un peu mieux son histoire. Entre autre, il a été un cycliste important, à part les 98 pays qu’il a traversés à vélo, il a participé à quelques courses genre Tour de France ou d’Italie, mais surtout il détient plusieurs records du monde d’endurance genre 1500h de vélo quasi-non-stop, c’est-à-dire pédaler pendant deux mois au moins 20h par jour, avec le reste du temps pour manger-dormir (pendant que les masseurs faisaient leur travail). J’avoue que j’ai du mal à le croire. On n’a pas reparlé de sa période dans la jungle avec le Che et autres, mais j’ai compris qu’ils connait personellement pas mal de gens assez célèbres. Il m’a aussi montré-offert-vendu certaines de ses créations actuelles, et m’a aussi promis de m’apprendre à fabriquer des bijoux la prochaine fois que je reviens (pas de date, mais néanmoins des projets...), ce qui m’intéresse beaucoup car j’ai aussi connu un argentin qui voyage en vendant dans la rue, et qui passera me voir à Paris. J’ai déjà plein d’idées à ce sujets (bijoux avec une histoire personnelle, faits avec des jeans déchirés ou des fils électriques...) et je compte essayer des cet été de voir ce que ça peut donner.
Nous avons marché ensuite dans la foule avec les danseurs, quand soudain depuis une fenêtre quelqu’un l’appelle, nous dit de monter. C’était un ami de longue date (en fait Samurai était mécanicien et avait travaillé sur la moto de ce type il y a 25 ans), et il nous a fait assoir sur sa fenêtre pour voir la foule d’en haut. Bien sûr il nous a offert à boire, et difficile de refuser. On est restés là longtemps, il y avait aussi la femme du type, un couple bizarre, lui très imbu de lui-même, sans cesse en train de répéter ses exploits passés présents et futurs, très énergique, elle de plus en plus folle au fur et à mesure qu’elle buvait. On sentait vraiment qu’il y avait quelque chose de malsain entre eux et avec leurs filles, mais je ne savais pas bien quoi. Ils avaient l’air ...
Pfff. Je m’embrouille, aujourd’hui pas d’inspiration, je suis un peu fatigué. Je résume : nous partons à 1h30 du matin, on a trop bu, les trois compères sont vraiment saouls, mais ça va mieux car j’ai réussi à boire moins (pas facile, car ils remplissent le verre et demandent de boire en même temps) qu’eux. Sur la route du retour, Samurai essaie de passer dans un bar pour s’acheter un peu de coke, il se fait refouler à deux reprises car il est trop saoul. Moi, je l’attends dehors et je commence à me demander ce que je fais là. On fait vraiment un couple étrange. On a fini par rentrer. Samurai allait mieux, on a un peu discuté du type de ce soir. Il m’a raconté que sa fortune (il est très riche) vient du fait qu’il possède des fabriques de cocaine, dont il partage les bénéfices avec toute la crème de la classe politique bolivienne. D’ailleurs, pour tous ces services, il a de très bonnes chances d’être nommé ministre bientôt. Il m’a aussi expliqué que ce soir le type était particulièrement explosé parce qu’il partait régulièrement sniffer de la coke. Bien sûr, ils n’ont jamais parlé de ces choses ensemble, car le type n’aurait pas apprecié qu’on se mêle de ça (Samurai dit que ce type n’aurait pas hésité à le faire tuer s’il s’était montré trop curieux. Tout ce mail est nul, je résume : le type marrant qui rigolait, me serrait ("broyait" plutôt) la main toutes les cinq minutes, me forçait a boire, est en fait un puissant narcotraffiquant et politicien...
Ce matin, encore promenade avec Samurai, il essaie de vendre quelques trucs dans la rue, mais il y a la beaucoup de concurrence, et puis il a un peu la gueule de bois, du coup ça ne marche pas. On rentre manger et boire du vin-coca, puis on se dit au revoir, il me donne plein de conseils de prudence, presque comme un père, c’est assez touchant. Il promet de m’écrire bientôt, et moi je promet de revenir un jour apprendre avec lui. Au fond, je l’aime vraiment bien car c’est un type profondément bon. Au revoir Samurai...
Voilà, ensuite du bus tout l’après-midi, le passage de la frontière se fait de manière rapide et indolore, et je me retrouve ici.
Désolé pour ce mail si peu inspiré, je ne sais même plus si je fais bien à l’envoyer. Ca sera mieux la prochaine fois.
Hasta luego
F.
PS : Au fait, une dernière anegdote : Los Kjarkas, dont je vous ai parlé la dernière fois, sont aussi les vrais auteurs de la Lambada (qui n’arrive pas à la cheville des autres morceaux d’eux que j’ai entendus) que des brésiliens auraient traduite et marketisée. Lorsque le juge a reconnu ce fait, des sorciers brésiliens auraient jeté un sort qui a tué un des chanteurs dans les 2 ans...